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(part 4/4) Revival : 20 ans de Culture Club & DJ ou le vice d'un système
Dimanche, 12 Février 2012 10:00 | 2266 Vues
dollard

Nous vous proposons de lire (ou relire) notre dossier "20 ans de Culture Club & DJ ou le vice d'un système" publié dans notre magazine Only for DJ's #168.

Pour plus de lisibilité, nous avons découpé l'article en 4 parties. Voici la dernière partie (4/4).


Part. 1 // Part. 2 // Part. 3


Depuis vingt ans, en tant que média spécialisé, nous évoluons au coeur du plus gros dancefloor international, au contact des DJ-producteurs, des professionnels de la musique, de l'événementiel et des acteurs du clubbing. Nous occupons donc les premières loges pour comprendre et vivre le système qui s'est peu à peu mis en place. Avec le temps, force est de constater que ce système pose de sérieux problèmes et crée un climat de plus en plus insupportable, touchant de plein fouet le paysage du clubbing international. En France plus particulièrement, le constat est sévère et il est donc opportun de réfléchir sereinement, en profondeur. C'est ce que nous vous proposons à travers cet article, qui n'a aucunement l'intention de cracher dans la soupe malgré son ton négatif et inquiet. Seulement voilà, le petit monde du mix vieillit en oubliant d'où il vient et les rapports de force, à plusieurs niveaux, sont complètement déséquilibrés. La passion et l'art initial du mix sont englobés dans un système business indécent, conduit par des logiques économiques qui n'avaient pas raison d'être il y a encore quelques années. Nous sommes maintenant bien loin des fondamentaux de notre culture club & DJ… Si tant est qu'il en existe encore une !


Imaginer un nouveau modèle

Il faut déverrouiller ce système économique qui prend tout le monde en otage. Les clubs doivent selon nous garder un rôle clé. Ils sont la base et tout est parti de là, ne l'oublions pas ! Si le tissu de clubs continue de se fragiliser, où s'exprimera la nouvelle génération ? Les gros événements ne sont pas à la portée de tous les DJ's et la mode des musiques électroniques ne sera certainement pas éternelle. Les programmateurs, directeurs artistiques et autres décisionnaires ignorent d'ailleurs ceux qui ne sont pas connus et affilés à leurs réseaux. Quand est-ce que ces décisionnaires reprendront leur rôle initial, qui, plutôt que de ne miser que sur la rentabilité, est de miser sur la valeur artistique ? Il n'y a jamais eu autant d'argent dans le milieu de l'événementiel et du deejaying. Et il n'y a pourtant jamais eu si peu de prise de risques.


"L'image et la marque ont certes une valeur significative, mais ce ne sont pas aux clubs et aux clubbers d'en souffrir."

On voit bien que le système en place s'installe durablement alors qu'il ne profite en rien à la mise en avant et au développement de notre culture. En invitant les mêmes artistes partout tout le temps, les programmateurs contribuent d'ailleurs eux-mêmes à provoquer des situations abusives dont ils pourront parfois être eux-mêmes victimes plus tard. Plus les DJ's sont sollicités, plus ils augmentent leurs cachets et deviennent ensuite intouchables, alors même que la qualité de leurs prestations ne cesse de baisser. Et que leur statut se base sur des productions pour lesquelles ils n'ont besoin de travailler seulement quelques heures…

L'image et la marque ont certes une valeur significative, mais ce ne sont pas aux clubs et aux clubbers d'en souffrir. Un nouveau mécanisme de rémunération devrait même être mis en place. La plupart du temps, les cachets des Dj's doivent être payés en intégralité à l'avance, avant la soirée. Ce qui représente un soucis de trésorerie évident pour l'organisateur. Il ne faudrait pas un tel rapport de force en amont. Il ne faudrait pas une telle dissuasion, un tel risque.

Du côté de l'artiste, un engagement basé sur les qualités artistiques du club et non sur sa sécurité financière serait la moindre des choses. Si l'on part du principe que les agents sont des filtres supplémentaires efficaces, il doit être possible d'instaurer de nouvelles relations de travail avec les clubs. Pourquoi pas, par exemple, permettre au club et à l'artiste de convenir d'un intéressement selon le succès de la soirée. Seule une base minimum, à hauteur de la valeur raisonnable du DJ, servirait d'acompte, et le reste serait versé en proportion au chiffre d'affaires réalisé par l'établissement. Par valeur raisonnable, on entend une valorisation qui n'engloberait pas autant ce que représente le DJ, mais bien ce qu'il est en tant que tel, derrière les platines.

"Du côté de l'artiste/DJ, un engagement basé sur les qualités artistiques du club et non sur sa sécurité financière serait la moindre des choses."

Par ailleurs, ce nouveau modèle, en plus de limiter le risque pour les organisateurs, donnerait l'occasion aux Dj's de se crédibiliser à nouveau. En évaluant leur valeur avec plus de mesure et de recul, la passion reviendrait en première ligne et tout le monde retrouverait de la sérénité. Car au final, l'objectif d'un DJ n'a pas changé. Il s'agit bien de divertir, de faire danser, de procurer du plaisir et, surtout, de partager notre passion commune pour une culture vieille maintenant de presque 40 ans, qui mérite le respect de tous.

En conclusion...

Si le clubbing et les musiques électroniques se nourrissent encore de l'universalité pour laquelle le grand public les a adopté, il est du ressort des DJ's de ne plus cautionner le système vicieux dans lequel nous évoluons. Encore une fois, l'explosion médiatique et populaire du deejaying est une formidable réussite pour l'ensemble de notre culture. Mais tant que l'ombre de l'hypocrisie, engendrée par l'appât du gain, voilera le plaisir naturel de partager notre passion, une grande partie d'entre nous se morfondra en silence.


Ludovic Rambaud

Extrait de l'article intégral paru dans Only For DJ's #168 (Décembre 2011/Janvier 2012) - Partie 4/4.

> Lire la partie 1/4 // Lire la partie 2/4 // Lire la partie 3/4

 

Commentaires  

 
0 #4 LA SORCIERE 17-02-2012 17:27
Mais vous parlez de quelle culture ?
Les musiques dynamiques, que sont techno, makina et trance, n'ont que peu d'articles dans votre journal.
On ne le repetera jamais assez : un dj est tout sauf un artiste ou un joyeux drille.
C'est un animateur-technicien qui programme des disques !
Alors si en plus faut avoir la casquette de commercial ou d'artiste, on s'y perd.
Comment voulez-vous qu'un dj ne puisse pas avoir des problemes d'identité ?
Revenons-en aux fondamentaux !
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0 #3 PHRxBx 13-02-2012 01:16
Words.
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+6 #2 Deikean 12-02-2012 15:18
Je suis complètement d'accord avec cet article et surtout la conclusion, les conseils apportés, je pense que tout a été dit au travers de ces quatre parties, là dessus on y reviendra pas.

Malheureusement malgré tous les conseils donnés je doute que les choses changent. L'appât du gain sera toujours très élevé, car la France dispose malheureusement du pire public jamais vu dans le monde. Un public de bourgeois qui pleurent s'ils n'ont pas leur daubasse populaire sortie tout droit des radios.

La rééducation et la révolution culturelle que demande un tel retour aux "bonnes valeurs" souhaitées explicitement et sur lesquels je rejoins complètement n'aura jamais lieu tant qu'effectivement, ce que je dis à des gens avec qui j'ai le débat, les djs continueront gaiement de cambrer l'échine face à un public aussi capricieux, fermé et inculte (sans forcément connaître des trucs hyper pointus mais déjà s'ouvrir...) et face à des patrons de clubs qui s'en branlent de la qualité et ne cherchent qu'à sous-tirer des sous...

Mais avant que les djs puissent agir, étant donner la pression financière qui pèsent sur les clubs et divers festivals, les patrons choisissent légitimement la facilité financière, celle qui garantit une sécurité pécuniaire, et ce, parce que le public français, aussi stupide qu'il soit, continue de bouffer et réclamer gaiement des daubasses de fun radio, de NRJ, du top 100 Beatport, et ce quelque soit le milieu (electro, techno, trance...) qui puent le formatage et la malhonnêteté culturelle.

C'est donc comme indiqué dans l'article un cercle vicieux sauf que contrairement à ce qui est dit, je dirais que le dj n'est pas le seul à pouvoir vraiment agir, parce que la réalité est que dès qu'il propose un truc un peu plus pointu que la moyenne, il se fait dégager et traité de noms d'oiseaux par des abrutis en costard dont la culture musicale est aussi limitée que les capacités d'un aveugle à conduire une voiture...

Et étant donné que les patrons ne sont pas prêts de changer une formule qui marche et qui les arrange bien...

Dans l'absolu le changement devrait émaner du public. Le jour où le public se mettra à snober les boites de merde, là ils se poseront des questions... Mais ça sera jamais le cas vu que tout marche bien, tout va bien, financièrement parlant...

La seule solution éventuelle est que la culture alternative se développe... Mais celle-ci a du mal à exister, car même dans les milieux se prétendant underground, cette situation dégueulasse est en train d'arriver, sauf que Fun Radio devient le top 100 Beatport, l'electro house vocale pouet pouet devient la deep tech-house soporifique, et dès que tu sors un truc un peu au dessus du lot tu as droit à toutes les critiques du monde... Et dieu sait combien sont les vrais artistes à souffrir de la situation...

C'est aux vrais passionnés en conclusion de se réveiller, de mettre en marche la machine alternative, mais surtout, de pas chercher à être au top en terme de popularité, parce que l'humanité n'est pas prête à apprécier les bonnes choses, les bons morceaux de musique électroniques, le groove, l'hypnotisme et cie... l'humain de base veut du standard, et en soi ça se comprend, mais on sait très bien que le standard n'est pas compatible avec la bonne musique et les bonnes soirées...

En conclusion, il n'y a plus qu'à réussir à se réunir à 100, 200 personnes, dans des endroits où l'alternative est encore acceptée, plutôt qu'espérer changer des choses pourries par le fric et le business et qui sont pas prêts de changer tant que les gens contribueront financièrement et musicalement à la machine infernale...

En tous cas merci Ludovic pour cet article de grande qualité, merci d'utiliser ton média et ta popularité pour dire la vérité, la mettre à nue, et donner un bon sujet de réflexion !!!!!

Musicalement.
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+1 #1 Bax 12-02-2012 12:47
je pense que l'on aurait pu orienter la même étude avec le Hip Hop
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