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Quelle retraite pour les DJ'S ?
Mardi, 24 Août 2010 10:32 | 2296 Vues
granny-live-dj

Voici un sujet dont on ne parle pas, comme s'il était un peu taboo... Une sorte de domaine interdit, comme peuvent l'être aussi l'argent et les vices du milieu de la nuit. Et pourtant, quand on y réfléchit bien, la question de la retraite des DJ's est d'actualité, elle est légitime et intéressante. Car le constat est assez équivoque. Les DJ's les plus sollicités aujourd'hui sont des DJ's, pour la presque totalité, de plus de 40 ans. Alors, quel est l'âge de la retraite pour un DJ star ? Est-il facile de s'arrêter, de laisser sa place ?

Un métier éprouvant

Pour commencer, il faut bien avoir en tête la spécificité du métier de DJ. Petite précision, nous parlerons ici des DJ's guests internationaux. L'emploi du temps d'un DJ est souvent un parcours du combattant. Entre trois et quatre dates par semaine en saison régulière, encore plus en périodes estivales ou événementielles, conduisent le DJ entre aéroports et gares, entre hôtels et restaurants, de villes en villes, de pays en pays. Si les dates sont souvent calculées pour réduire au maximum les longs déplacements, il est fréquent de voir des DJ's internationaux passer entre 4 et 8 heures dans les transports et ainsi jouer à Monaco, puis en Corse, en Angleterre le lendemain, puis en Ukraine le sur-lendemain. Il s'agit donc bien d'un rythme de vie de globe-trotteur, éprouvant, auquel on doit ajouter que les DJ's sont maintenant producteurs et souvent business-men. Il faut donc concilier les activités de studio, le business et la famille aussi...

Lors des voyages, quelques évolutions ont pourtant augmenté le confort des DJ's, notamment l'utilisation des CD, beaucoup moins lourds et encombrants que les sacs vinyles. Mais cela reste un détail, le "jetlag", les attentes et les heures de transport restent chaque semaine un enfer pour les DJ's. Certes, voyager partout dans le monde pour passer des disques, être reçu dans des palaces, manger dans des restaurants culinaires et par dessus tout, être payés de grosses sommes d'argent pour tout ça, peut vous faire croire que nous cherchons ici à pleurer alors qu'il n'y a pas lieu. Seulement, nous mettons ici de côté tous les aspects positifs du métier afin d'essayer de constater que ce métier est bel et bien éprouvant d'un point de vue physique.

Les sets se déroulent forcément la nuit, les voyages se font souvent à partir du milieu de journée, et il faut assurer dès qu'on pose les pieds sur le sol de la ville du club hôte. Les DJ's sont la plupart du temps accueillis par un staff excité et plein d'énergie, des rencontres avec la presse locale sont souvent au programme, les fans se font déjà apercevoir... Tous ces ingrédients font que la pression est constante et qu'en plus d'une fatigue physique, le moral doit être solide pour les DJ's. Etre toujours en forme n'est pas facile, être de bonne humeur non plus. Pourtant, ce sont les deux composantes du métier de DJ, qui est là avant tout pour livrer son énergie et faire danser les gens. Alors, ne se lasse-t'on pas au bout d'un moment, la pression n'est-elle pas trop forte ? D'autant plus que le métier de DJ commence maintenant de plus en plus tôt...

De plus en plus tôt ...

La plupart des DJ's stars actuels ont commencé leur carrière il y a une vingtaine d'années. Beaucoup ont donc 20 ans de nuit derrière eux et il est légitime de se demander si le mode de vie du DJ est réellement sain. En dehors de ceux qui abusent de quelques artifices, vivre la nuit est bel et bien particulier. Sur la durée, l'endurance requise est énorme et plusieurs techniques sont du coup essentielles. Nous les verrons plus tard. Mais ce que l'on voit aujourd'hui, c'est que les DJ's commencent leur carrière encore plus tôt aujourd'hui, très jeunes, et surtout qu'ils ont accès aux voyages de plus en plus tôt. Car si les DJ's qui ont 40 ans aujourd'hui et qui sont les plus sollicités ont eux aussi commencé au même âge, ils n'ont commencé à voyager intensément qu'une dizaine d'années après leurs débuts.

Aujourd'hui, les DJ's accédant à la production dès leur début, et le succès d'un tube entraînant des demandes de booking immédiates à travers le monde, l'aspect international est irrémédiable. On peut prendre l'exemple de Digitalism, qui avec un seul morceau, a été amené à jouer partout dans le monde, alors qu'ils n'avaient qu'une vingtaine d'années. Ou encore la Swedish Mafia et les jeunes Angello & Ingrosso, qui eux aussi, à 22 ans, parcouraient déjà les clubs du monde entier. Est-ce que le fait de commencer plus tôt n'augmente pas encore la question de la retraite des DJ's et de la pénibilité du métier ? Malgré ça, ce métier et le contexte nocturne, festif et voluptueux, dans lequel il s'exerce, ne parvient-il pas facilement à éclipser tous les problèmes ? Probablement...

Etre DJ est avant tout un mode de vie, une culture, une passion. Les DJ's qui sont donc honnêtes ne sentent pas la fatigue ni les problèmes et ne pensent qu'au plaisir qu'ils donnent au public et à la chance qu'ils ont de faire ce métier. Ceci étant, des coups de fatigue et des remises en question ne sont pas exclus. On peut citer Carl Cox qui avait dû annuler une tournée à cause de problèmes de santé dus à la fatigue (et au surpoids...), Sander Kleinenberg qui est arrivé à saturation l'été dernier, Pete Tong qui a eu un coup de blues au retour de Miami cette année... Souvent l'état physique est donc seul maître à bord. Dans ce cas, les DJ's internationaux apprennent à s'épargner.

S'épargner

Vu le rythme de vie imposé par le métier de DJ international, s'épargner est un bon moyen de ne pas se mettre dans le rouge. C'est ce que tous les DJ's internationaux ont appris à faire. Si au début, souvent, ils n'ont pas le choix et doivent faire un maximum de dates pour asseoir leur notoriété, maintenir le buzz ou promouvoir un album, ils ont, avec le temps, le pouvoir de choisir leurs dates et de refuser les tournées marathon. David Guetta, par exemple, a fait 28 dates sur 31 jours le mois de juillet dernier. D'autres, comme Tiesto, Deep Dish et Paul Van Dyk dépassent les 150 dates par an. Mais avec le temps, les DJ's se sont rendus à l'évidence qu'il leur fallait lever le pied et mieux gérer leurs plannings.

Ainsi de nombreux DJ's se réservent maintenant des périodes de l'année pour les tournées internationales et concentrent leurs voyages par continent. Aussi, ils sont de plus en plus exigeants sur les conditions d'accueil et financières, et sur la crédibilité des clubs ou événements pour lesquels ils sont sollicités. Parfois même, ils se payent le luxe d'annuler les dates le jour même ou la veille prétextant des embouteillages, des maladies contagieuses ou des problèmes conjugaux sur-réalistes... Bref, le DJ star a mis au point tout un tas de techniques pour s'épargner. Mais encore une fois, les DJ's honnêtes ne rusent pas, ils s'économisent avec l'âge et choisissent avec plus d'attention les endroits où ils vont, ce qui semble très logique au final et ce qui, pour certains d'entre eux, donnent une rareté et une saveur à chacune de leur apparition. On pense à Laurent Garnier, François K, Tony Humphries, Frankie Knuckles, Danny Tenaglia...

Mais est-ce que c'est facile de refuser une date quand tant d'argent est en jeu ? Car entre s'épargner et épargner, il n'y a qu'un pas. Les DJ's ne cotisant pas pour leur retraite, il faut bien engranger les dates pour se constituer un capital vieillesse. Là est aussi (peut-être) la raison de la longévité de certains DJ's... Mais en dehors de l'argent, est-ce facile de dire non et de priver les passionnés de musiques électroniques ? Est-ce facile de renoncer à la folie de la musique et à la décadence du monde de la nuit ? Bien souvent, les DJ's internationaux n'arrivent pas à s'arrêter...

Laisser la place

L'exemple le plus récent est celui d'Erick Morillo qui annonçait fin 2005 qu'il était fatigué et qu'il voulait prendre du recul. En 2007, il est toujours là et enchaîne les dates ! Jeff Mills, Carl Cox, Roger Sanchez, tous entre la quarantaine et la cinquantaine, tournent encore partout dans le monde. Alors finalement, à quel âge vient l'heure de la retraite ? Difficile à dire, même si on peut prendre l'exemple de Danny Krivit, qui lui a pris sa retraite il y a deux ans, alors qu'il venait à peine de franchir le cap des 50 ans. Cet âge semble être d'ailleurs le plus "moyen" pour laisser la place. Dans ce cas, notre article prend alors toute sa forme, car encore une fois, la grande majorité des DJ's les plus sollicités à travers le monde, ont entre 40 et 50 ans. Si à 50 ans, ils laissent tous leur place, on peut donc imaginer que la culture club aura du recrutement à faire !

Il est assez drôle d'ailleurs de voir que si le clubbing a bel et bien subi son changement de génération, les DJ's eux continuent et sont encore en place, ce qui pose d'ailleurs pour certains d'entre eux, des soucis d'adaptation ! Le clubbing ne semble pas être une culture qui se vit vieux, alors les DJ's seraient-ils les seules exceptions ? A terme, la retraite des uns entraînera bien l'émergence des autres, quand le temps où les légendes ne seront plus aux platines et qu'elles regarderont leurs "élèves" prendre leur place. Peut-être que ces légendes seront encore dans le monde de la nuit et de la musique électronique...? Peut-être même que ce seront elles qui recruteront leurs remplaçants...?

Savoir décrocher

Le deejaying étant une activité assez récente, les exemples de retraite ne sont pas nombreux. Rappelons-nous que le deejaying n'a commencé à devenir sérieux qu'à la fin des années 70 et au début des années 80. Du coup, nous ne sommes pas encore entrés dans la phase des prises de retraite massives. Malgré tout, ça ne saurait tarder... Quelques signes précurseurs ont d'ailleurs changé pas mal de choses pour cette "première" génération de DJ's qui a connu l'évolution fulgurante du métier : technologie, structures (clubs de plus en plus nombreux, de mieux en mieux équipés, de plus en plus grands), médiatisation, internationalisation, argent...

Il leur a fallu pour beaucoup déjà ranger leurs bons vieux vinyles, objet fétiche de leurs débuts. Il a fallu apprendre à maîtriser le mix sur CD, puis les technologies numériques, etc... Il a même fallu devenu producteur, dans la plupart des cas. Bref, si un métier a bel et bien évolué à vitesse grand V dans bien des domaines, c'est le deejaying. On pourrait presque en conclure que c'est un métier à intégrer dans le domaine tertiaire et des nouvelles technologies ! Quoiqu'il en soit, les DJ's expérimentés n'ont pas eu trop de mal à s'adapter et avancer dans le temps. Mais souvent, ils n'ont pas vraiment envisager la question de la reconversion, tant ils étaient éblouis par le beauté de leur passion, la beauté des gens qui les fréquentaient en clubs et l'universalité de la musique électronique en général. On doute ainsi que leur retraite les fasse décrocher totalement de ce milieu.

La reconversion

A l'image des sportifs, le DJ exerce un métier hors norme, qui marque physiquement et psychologiquement, au point de devenir un mode de vie à part entière. Alors forcément, le DJ n'aime pas vieillir car il est constamment au sein d'une ambiance festive et face à des clubbers jeunes. Quoiqu'il en soit, il ne pourra pas l'éviter. Il devra un jour ou l'autre s'éloigner des platines et de l'effervescence du milieu de la nuit. Plusieurs options paraissent alors évidentes et sont vérifiées auprès de la plupart des DJ's concernés : reprendre en main un club, devenir directeur artistique, producteur, dénicheur de futurs talents, etc... A l'image de l'allemand Sven Vath qui a préparé sa retraite en montant de toute pièce un club futuriste, le Cocoon, au sein de Francfort. A l'image d'Erick Morillo, qui a convaincu les dirigeants du Pacha Ibiza de lui confier les commandes du Pacha New York... A l'image de Laurent Garnier, qui évite de plus en plus fréquemment les prestations DJ et privilégient les représentations conceptuelles (cinémix, concerts jazz, etc...) A l'image de tous ceux qui resteront dans la musique, business-man ou producteur. Conseillers, aussi, et recruteurs, car, on le remarque, les DJ's les plus âgés s'entourent de plus en plus d'un staff jeune et construisent une équipe autour d'eux afin de transmettre la passion et assurer la relève. Ainsi, les passages de témoin interviendront de plus en plus dans le milieu de la Dance, et les héritiers d'un son, d'une technique, d'un style, suivront les conseils de leurs aînés pour réussir, et on peut imaginer de ce fait que ces derniers s'assureront par ce biais une retraite paisible.

Seulement voilà, la relève est-elle prête ? Si elle est nombreuse, elle n'est pas forcément garantie de connaître les mêmes succès que la première génération de DJ's. D'ailleurs, en France, certaines écoles de formation DJ incluent même un chapitre "retraite et reconversion" dans leur apprentissage, à l'image de DJ Network. "Il faut penser à la reconversion dès le début de sa carrière en prenant des contacts par le biais des soirées auxquels les DJ's participent", estime Jean-Pierre Goffi, son directeur. Signe que le métier de DJ n'est pas facile, qu'il est assujetti à la concurrence, aux médias et aux exigences de la clientèle. Dans ce cas, vouloir maîtriser sa carrière de plus en plus tôt et être conscient que ce métier incitera de plus en plus à prendre sa retraite plus tôt dans le futur.

Carrière précoce, évolution rapide, reconnaissance, argent "facile", retraite dorée. Si ce préjugé du métier de DJ est bien souvent à des années lumière de la réalité du terrain, il fait rêver de plus en plus de jeunes et fait gentiment sourire les DJ's en fin de carrière, qui eux, ont vécu tous les vices, pièges et difficultés du milieu. C'est d'ailleurs pour cela que certains s'en éloignent au bout d'un moment, et deviennent restaurateur, patron, voire inactif. Il est vrai qu'on n'a pas trop d'inquiétudes quant à la retraite des DJ's star actuels. Souvent propriétaires de plusieurs villas, ils auront le choix pour évacuer les décibels, l'alcool et la transpiration de leur vie antérieure... Et puis vu que ces villas sont souvent situées sur une île très connue pour le clubbing, rien ne les empêchera d'accepter une soirée de temps en temps pour se rappeler le bon vieux temps !

> Article paru initialement en mai 2007

 

 

 

Commentaires  

 
0 #3 DJ Logan 10-03-2012 19:56
Agé de 48 ans cet année, je suis toujours en activité et ce depuis l'age de 16 ans, je mix dans des pubs et clubbing qui sont frequentés par une tres jeune clientele, (entre 20 et 25 la plupart) mais malgres ça le "courrant" passe bien, alors meme si des fois je me demande si je ne suis pas un en decalage j'epprouve toujours le meme plaisir a faire bouger les gens avec une certaine complicité entre nous, alors oui je me demande quand je devrait arreter . . .
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+2 #2 Shinochaz 25-08-2010 13:20
Arf moi j'ai 30 ans et je commence seulement. Ca veut dire qu'il va falloir que je mixe jusqu'à 70 ans ? :-x

Plus sérieusement, ça me fait souvent rire quand on dit que le métier de dj et la musique électronique sont des trucs de jeunes, et on voit bien dans cet article que les dj/star, qu'ils s'appellent Guetta, Garnier, Vath, Wink ou Morales ont tous dépassés la quarantaine voir peut-être la cinquantaine pour le dernier cité.

Mais effectivement la question de l'âge se pose : j'ai entendu il y a peu une interview de Garnier s'interrogeant sur sa peur de devenir un "vieux con" face à un public qui n'était parfois même pas né quand lui même a commencé...
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0 #1 aegerter alexandre 24-08-2010 11:50
super ludo trés bonne article a la reconversion .... =)
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