A quelques jours de la sortie de son nouvel album 'Disco Crash', Bob Sinclar nous en dit un peu plus. Il répond à nos questions sans langue de bois, sur l'évolution de son style musical, le choix de ses featurings (dont celui très controversé avec Colonel Reyel) et la direction artistique de sa longue et belle carrière. Voici donc en exclu quelques passages de notre interview, à retrouver en intégralité dans notre prochain magazine Only for DJ's (#169) de Mars-Avril. Sans oublier à la fin de cette page les réponses aux 3 questions formulées sur notre Fan Page…
> Propos recueillis par Ludovic Rambaud
"J'ai abordé 'Disco Crash' comme un album de singles, avec un retour au clubbing à 200%."
Cet album était annoncé pour l'automne 2011. Tu avais d'ailleurs invité Pitbull à l'Amnesia Miami fin Octobre, etc… Pourquoi finalement la date de sortie a-t-elle été ainsi repoussée ?
Le problème de faire des featurings avec de gros artistes, c'est que ça se passe toujours bien avec les artistes mais jamais bien avec les maisons de disques. Il faut négocier et ça prend du temps. Les grosses maisons de disques ont du mal à lâcher les artistes. C'est ce qui s'est passé pour Pitbull : ils l'ont lâché tardivement, ce qui a expliqué le retard du lancement de 'Rock The Boat' et le décalage de la date de sortie au niveau de l'album.
A part sur le dernier titre (instrumental) 'Magic Fly', on a du mal à discerner l'influence disco de tes débuts sur ce nouvel album. C'est pour ça que tu as choisi ce titre 'Disco Crash' ?
J'ai quand même fait pas mal de clins d'oeil à la période disco. Même sur 'Rock The Boat' avec Pitbull, il y a un clin d'oeil à Eurythmics. Le disco, ce n'est pas seulement Cerrone. 'Disco Crash', ça sous-entend aussi un disco éclaté, débridé et réarrangé sous une forme un peu plus électronique.
C'est clairement un album "club", avec ce son Dance "urbain" qui plaît au grand public…
Depuis que j'ai commencé, j'ai toujours fait des albums à concept, avec une vraie logique. De nos jours, les gens ne consomment plus la musique de cette manière-là. Aujourd'hui, quand tu fais un album, tu lances 12 titres en l'air et tu attends qu'il y en ait un qui retombe. J'ai donc abordé 'Disco Crash' comme un album de singles, avec un retour au clubbing à 200%. Avec le téléchargement, les gens ne s'intéressent plus vraiment à l'objet et à ce qu'il y a autour. Ils préfèrent avoir le choix parmi une sélection de titres, ce qui explique aussi ce côté assez éclectique, avec un titre disco comme 'Magic Fly' aux côtés de singles plus mainstream. Et puis comme ça, les DJ's ont un éventail de titres à jouer.
On a le sentiment que les DJ's populaires - dont tu fais partie - sont maintenant condamnés par cette évolution et sont obligés de faire des featurings pour séduire un public toujours plus large, quitte à devoir faire toujours plus de concessions, non ?
Tu as entièrement raison ! J'ai essayé de conserver des sonorités assez proches de ce que j'ai pu faire auparavant, tout en ayant des featurings qui me permettent de coller au son du moment. C'est pour ça aussi que j'ai inclus des titres comme 'The Network', qui est un clin d'oeil au son underground du début des années 90, ou 'Magic Fly' qui est un délire plus disco, moins formaté. Quand tu sors un album, tu as besoin de toute façon d'au moins deux ou trois singles exploitables pour lui donner de l'attention.
"On est un peu dans le supermarché de la Dance Music !"
C'est donc un album qui repose beaucoup sur les featurings, ce qui change un peu par rapport à tes albums précédents, autour desquels tu déclarais justement que tu n'avais jamais cherché à faire du "name dropping". Là, on retrouve Pitbull, Sean Paul et Snoop Dogg, ce qui est assez nouveau pour toi en terme d'image. La fusion entre ces flows assez hip-hop et les instru Dance sont à ce point incontournables ?
C'est vrai que j'ai toujours dit que je n'étais pas trop favorable au name-dropping. Je ne pense pas pour autant y avoir cédé. La vraie nouveauté, comme tu le dis, c'est le style hip-hop avec Snoop Dogg, Gilbere Forte(ndlr : qui a fait un duo avec Kanye West) et Hot Rod(ndlr : qui bosse avec 50 Cent). Ce sont des rencontres du moment. Ces deux dernières années, les artistes américains se sont beaucoup déplacés en Europe pour faire des Live et des sessions studio. Il y avait donc beaucoup d'opportunités et il y en a certaines que tu ne peux pas refuser… Pour ce qui est de Sean Paul, notre rencontre remonte à mon album 'Made In Jamaica'. Je l'ai invité à chanter pour tirer un trait sur le style reggae-ragga que j'ai abordé entre 2005 et 2008. Quant à Pitbull, on a fait connaissance à la sortie de 'World, Hold On'. Il avait rappé sur le titre à l'époque pour le faire rentrer en radio aux USA. Ça faisait donc un bail qu'on voulait faire des choses ensemble. Alors forcément, quand tu regardes le tracklisting au jour d'aujourd'hui, tu peux te dire qu'on est tous logés à la même enseigne, qu'on fait tous appel aux mêmes featurings, etc… Mais en réalité, le processus a été assez naturel en ce qui me concerne.
Il ne faut donc voir aucune stratégie derrière ces featurings ?
Aujourd'hui, tout le monde fait de la Dance et ce sont les artistes grand public qui commandent les DJ's. A l'époque, il n'y avait que nous, les DJ's, et c'est nous qui étions à l'origine des featurings et de l'émancipation de cette musique. Le retournement est assez incroyable, il se passe des choses bizarres. On est un peu dans le supermarché de la Dance Music !
Bien entendu, on se doit de parler de 'Not Gangsta' avec Mr Shammi et Colonel Reyel. Tu as été largement critiqué pour ce featuring avec le Colonel, comment as-tu réagi à tout ça ?
Je cherche toujours à faire des innovations. Je suis assez sensible aux grains de voix des chanteurs. Je n'ai pas de honte à dire que j'aime beaucoup Yannick Noah et Christophe Maé, qui ont un timbre de voix qui peut coller à ce que je fais artistiquement. Pour Colonel Reyel, c'est ce qui s'est passé. Je ne connaissais pas ce qu'il faisait mais j'ai trouvé qu'il avait un grain de voix intéressant lorsque je l'ai rencontré lors d'une venue promo en radio. J'ai donc eu l'idée de faire un titre avec lui, sans me tracasser plus que ça. Il m'a dit qu'il sortait un album de remixes pour Noël, je lui ai proposé d'inclure ce titre 'Not Gangsta' et tout s'est fait simplement. Après, c'est facile de critiquer les collaborations entre artistes. Je ne m'arrête pas là-dessus. C'est une collaboration qui ne me semble pas si surprenante que ça, j'ai toujours fait des trucs un peu Caraïbes, Soca… Alors pour le Colonel, OK, c'est peut-être un chanteur pour minettes de 16-17 ans et c'est sûrement ce qui a déplu… Encore une fois, ça fait beaucoup parler pour pas grand chose.
La raison principale des critiques était plutôt fondée sur le fait que Colonel Reyel a eu un succès très rapide… Beaucoup de connaisseurs et de fans de musique clubbing se sont donc demandés pourquoi un DJ comme toi, avec ton histoire et ton parcours, travaille avec un artiste à succès sans grande crédibilité…?
On peut dire tout ce qu'on veut mais si le mec a du talent, ça me suffit. Au final, c'est une question de choix artistique. A l'époque, j'aimais bien Neg Marron et Colonel Reyel m'y faisait un peu penser. Peu importe ce qu'il fait lui de son côté. S'il peut m'apporter quelque chose d'un point de vue artistique, je ne vois pas où est le problème. J'assume totalement ce titre et notre rencontre artistique.
Il y a aussi, évidemment, de la présence féminine avec Sophie E. Bextor et Rafaella Carra. Tu développes d'ailleurs encore ce côté sexy et dragueur, à l'image de la pochette et de ta dernière photo de flyer (ci-contre)… Cet aspect est inhérent à ton personnage ?
En général, une photo de DJ, c'est un mec qui pose avec son casque et ce n'est jamais très original. Moi, j'ai toujours adoré les magazines Playboy et glamour des années 80, les grands photographes comme David LaChapelle. J'aime la couleur, les choses drôles, j'essaie donc de trouver des idées de photos un peu saugrenues. Pour l'anecdote, cette photo de flyer a été censurée sur Facebook mais elle a fait le tour des places fortes du clubbing. C'est une photo que je trouve très intéressante d'un point de vue artistique et en plus, ça fait parler !
Faut-il voir une connotation politique à la présence d'une rose sur la pochette de l'album ?
(Eclats de rires) Je n'y avais pas pensé dis donc, t'as vraiment l'esprit tordu ! Ah non, je ne m'intéresse pas du tout à la politique… C'est plus inspiré de la pub "Ultra Bright".
En dehors des featurings, je sais que tu aimes bien être entouré en studio. Est-ce que tes deux poulains Gregori Klosman et Michael Calfan ont participé à l'album ?
Gregori travaille de son côté, ce n'est pas mon poulain. Mon artiste, c'est Michael. Pendant un an et demi, on était en contact sur Internet, jusqu'à ce que je signe 'Twisted Bitch'. C'est ce titre qui m'a décidé à le prendre sous mon aile et, depuis, tout le monde a flashé sur lui. L'année dernière, c'est moi qui lui donnait des conseils et figure-toi qu'au moment de l'enregistrement de 'Disco Crash', c'est lui qui m'a aidé sur les mixes des morceaux. Il a donc participé au niveau du traitement des sons, de la couleur finale. Et puis quand il y avait des petites parties instrumentales additionnelles, on se consultait régulièrement, c'était une belle collaboration.
Cet album est en tout cas très souriant, festif… Cela veut dire que tu ne te lasses pas de ta vie de DJ, de faire danser les gens, etc…
Avant tout, je pense que c'est ce que les gens attendent d'un album de DJ. Franchement, les médias cherchent à faire dans le spectaculaire, et c'est fou, c'est toujours du malheur, de la tristesse. C'est très dépressif ! Même les politiques entre eux… C'est à celui qui dira le plus de méchancetés sur l'autre, c'est assez pathétique ! Si les Dj's, les comiques et les artistes en général peuvent apporter un peu de fête, c'est quand même bien, non ? Et oui, je te confirme que je ne me lasse pas du tout de ma vie de DJ :)
"Martin Solveig est le DJ le plus talentueux d'entre nous tous..."
Pour finir, une réaction par rapport à la collaboration entre Martin Solveig et Madonna ?
J'ai trouvé ça incroyable mais sincèrement très mérité ! Je pense que c'est le DJ le plus talentueux d'entre nous tous. Il fait ses mélodies, ses textes, ses instrus en même temps. J'ai sorti ses premiers disques, je l'ai vu évoluer et j'ai toujours trouvé qu'il avait un petit quelque chose. Je suis très heureux qu'il bosse avec Madonna, c'est une consécration pour lui.
Tracklisting :
1. 'Rock The Boat' (feat. Pitbull, Dragonfly & Fatman Scoop) 2. 'Fuck With You' (feat. Sophie E. Bextor & Gilbere Forte) 3. 'Wild Thing' (feat. Snoop Dogg) 4. 'Far L'Amore' (feat. Raffaella Carra) 5. 'Not Gangsta' (feat. Mr Shammi & Colonel Reyel) 6. 'Life' (feat. Ben Onono) 7. 'Put Your Handz Up' (feat. Hot Rod) 8. 'Tik Tok' (feat. Sean Paul) 9. 'Around The World' (feat. Gilbere Forte) 10. 'Rainbow Of Love' (feat. Ben Onono) 11. 'The Network' (feat. KC Flightt) 12. 'Magic Fly'
> Bob Sinclar 'Disco Crash' - Sortie de l'album le 30 Janvier 2012 (Barclay/Universal) > En DJ Set le Vendredi 3 Février au Queen (Paris)
Voici les réponses de Bob Sinclar à 3 des questions suggérées par nos fans sur Facebook :
Lors de tes DJ sets, pourquoi ne pas profiter de ta notoriété pour imposer de la musique électronique de qualité et éduquer le public habitué à entendre de la pseudo-musique formatée ?
Il n'y a plus vraiment de place pour ça. Certains passionnés et connaisseurs doivent revenir en arrière et regarder d'où je viens. Jouer pointu, c'est quelque chose que j'ai déjà fait. Quand la french-touch a explosé, je ne jouais que des trucs non formatés, ce qui m'a notamment valu de plus jouer à l'étranger qu'en France. Avant, on jouait la musique qu'on aimait sans se poser de questions. Aujourd'hui, mes DJ sets, ce sont 75% de morceaux à moi, que je remixe constamment. Je ne passe quasiment rien de ce qui passe à la radio. Entre nous, heureusement que j'ai fait des tubes car j'aurais arrêté le deejaying depuis longtemps. Les gens me mettent dans une certaine catégorie car je suis obligé de produire des titres qui peuvent passer en radio quand je fais un album, mais que ce soit dans mes DJ sets ou dans mes autres projets avec Michael Calfan par exemple, je suis loin de ne penser qu'au formatage et à l'argent…
"Heureusement que j'ai fait des tubes car j'aurais arrêté le deejaying depuis longtemps..."
Justement, au sujet de Michael Calfan… Vu qu'il est maintenant connu, qui est ton prochain poulain ?
(rires) Michael a sorti un titre qui a fait le buzz et on en est très content. Mais 'Resurrection' n'est pas un tube, on n'en a pas vendu 1 million et on n'a pas de diffusion radio. Ce ne sont pas les quelques milliers de téléchargements sur Beatport qui suffisent à faire un tube et à être connu. On a juste touché une Fan Base et un panel de DJ's influents. C'était l'objectif et on va travailler pour maintenir cette dynamique, sans chercher à faire de tubes mainstream, que ce soit bien clair… Je ne cherche donc pas de nouveau poulain, même si je tiendrai une oreille attentive à ce que je reçois, bien entendu. Je ne pense pas d'ailleurs pouvoir retrouver un jeune producteur du talent de Michael de si tôt. Quand je vois sa progression en l'espace d'1 an, je suis bluffé. Il a une puissance de son assez unique, j'ai rarement vu ça.
"Ce ne sont pas quelques milliers de téléchargements sur Beatport qui suffisent à faire un tube et à être connu."
Penses-tu que ce nouvel album pourra te permette de retrouver le haut des charts (comme a l’époque de 'Rock This Party' et de 'Love Generation') ?
Il ne faut pas trop s'arrêter sur le passé. Ce qui est passionnant dans la vie de DJ-producteur, ce sont les moments où tu poses l'oreille sur un son et que tu t'associes à des gens pour te l'approprier. C'est une sorte de succession d'accidents et c'est impossible de le répéter. Tout ce que j'ai fait depuis 15 ans montre que ce qui me motive, c'est la passion et la sincérité. Ça va bien au-delà des tubes ! S'il y a encore des tubes, tant mieux. Mais tu ne peux pas comparer différents moments d'une carrière comme ça, surtout qu'à l'époque on vendait 2 millions de singles les doigts dans le nez. La demande en terme de bookings est toujours aussi forte et c'est ce qui compte avant tout, plus que les charts..
Concours M6 Mobile DJ Experience Hello Funkall, tu dis pouvoir poster via n'importe quelles sources ? pour moi impossible en faisant ...[...] par Juliette
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