| En studio avec Joachim Garraud ! |
| Mercredi, 21 Décembre 2011 16:24 | 4924 Vues | ||||||||||||||
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Est-il encore utile de présenter Joachim Garraud ? Producteur, DJ et entrepreneur fou, le chef de bande des Space Invaders n'arrête jamais ! Entre ses nombreux shows, il trouve pourtant le temps de cumuler les projets. Le dernier en date est la création de Zemixx America, sa nouvelle filiale vouée à la production et au développement de contenu vidéo 3D, en relief, appliqué à la technologie de la Led. Première réalisation, l'Amnesia Miami, pour qui Joachim a installé des murs de LED motorisés, mobiles et disposés sur différents plans. Le club le plus français des Etats-Unis (géré par les dirigeant du Cap D'Agde et parrainé par Bob Sinclar) est ainsi le premier à offrir un show tri-dimensionnel et une impression de profondeur à ses clients, quelque soit leur position dans le club et ceci, sans lunettes 3D. Créatif à souhait et vrai passionné de nouvelles technologies, Joachim Garraud aime se lancer de nombreux défis. Pour en discuter en exclusivité, il nous a ouvert les portes de son nouveau studio ! (Propos recueillis par Matt Paris) Fiche studio | Galerie d'images Parle-nous de ton home-studio, et plus précisément de son acoustique…Il y a un an et demi, j’ai acheté la maison d’un célèbre ingénieur du son : Alain Ganne. Il a fait de nombreux grand hits dans les années 80. Sa maison comprenait un grand studio avec une cabine au rez-de chaussée, une salle de répétition au sous-sol et des appartements privés au premier étage. J’ai trouvé l’équilibre idéal pour ma famille et moi. L’acoustique du studio est vraiment parfaite. Les murs font un mètre d’épaisseur, puis par-dessus se succèdent des couches d’isolant acoustique type laine de roche, air, produit absorbant, et pour finir une couche de diffuseur et réflecteur. Nous sommes donc dans une configuration parfaite ! C’est un rêve absolu de pouvoir travailler dans ces conditions car la précision du son est parfaite et l’isolation est telle que l’on ne dérange personne, même à haut volume ! En effet à 119 dB, lorsque l’on ferme les portes, plus aucune fréquence ne passe. L’avantage d’une bonne acoustique est que je gagne du temps sur le mixage. J’arrive rapidement à faire mes équilibres beat-basse, de manière très intuitive, et j’ai rarement de mauvaises surprises. Quel monitoring utilises-tu ?J’ai deux paires d’enceintes de proximité. Les Genelec 1031A, qui me suivent depuis bien longtemps. J’ai fait tous les albums de David Guetta avec ces moniteurs. Ces enceintes sont généreuses dans le bas, confortables sur la durée, flatteuses sans trop l’être, tout en gardant de la précision. J’ai également des Pioneer SDJ-05 en test, avec un boomer de 22 centimètres. Elles présentent quatre entrées source en XLR et Jack TRS, ce qui est très pratique. Je ne travaille donc pas avec de grosses écoutes. J’ai la chance de faire des dates tous les week-ends, donc je peux tester mes prods sur des gros sound-system. En fonction du retour, j’effectue des améliorations sur le mix ou l’édit pour parfaire l’efficacité du morceau. Lors de mes déplacements, j’utilise comme moniteurs mes ear-plugs de chez EarSonic, moulés sur mesure. Puis de retour en studio, je finalise le mastering avec la suite UAD de chez Universal Audio. "Il ne faut pas faire mieux ou moins bien... Quel choix as-tu fait au niveau informatique ?Il y a eu l’époque où je travaillais sur TX-81 Z, Texas Instrument, Commodore, Atari 520 ST et 1040 ST, puis mon premier Mac Classis Couleur. Depuis quatre ans, je suis sur MacBook Pro. J’ai besoin d'un matériel performant, nomade, peu encombrant, qui me suit dans mes voyages. Faire le choix de bosser uniquement avec un ordinateur portable (laptop) pose des limites sur certains points. C'est moins puissant qu’un Mac Pro et il faut donc limiter le nombre de pistes et de plug-in. Mais au moins, ça oblige à être plus minimaliste et à aller à l’essentiel ! Côté logiciel, avec quoi travailles-tu ?Pour la petite anecdote, j’étais l'un des premiers utilisateurs français de Protools 2.0 (4 pistes) en 1992. A l’époque, Digidesign avait vraiment révolutionné l’enregistrement multi-pistes. On passait des édits sur bande à des édits numériques où il suffisait d’un clic pour dupliquer, couper, coller de l’audio… J’ai travaillé en collaboration avec la marque pendant huit ans. J’ai enregistré et mixé de nombreuses productions sur Protools, notamment celles pour Jean-Michel Jarre. Aujourd’hui, je bosse principalement avec Live d'Ableton. J’ai eu tout de suite beaucoup de plaisir à travailler avec ce logiciel. Il est intuitif, souple, performant et très créatif ! L’avantage de Live, c’est de ne pas être obligé de trimbaler une carte son externe. Je crée et mixe tout directement dans ce logiciel, même s'il m'arrive de le combiner avec d’autres logiciels tels que Reason, Reaktor et Logic. Malgré ça, j’ai bien envie de repasser sur Protools pour la qualité du son et pour la puissance de traitement des effets gérés par DSP (Digital Signal Processor). Sans de bons processeurs audio dédiés, la qualité du signal audio est moins bonne. Quels sont les instruments virtuels que tu utilises le plus, et fabriques-tu tes propres pre-sets ?Depuis mes collaborations avec Jean-Michel Jarre, je suis resté très attaché aux synthés modulaires de type AKS, MS 2000, Pro-53 et Moog… Mais c'est vrai que le virtuel a clairement pris le dessus. Le synthé que j’utilise le plus est le Nexus Refx. Son développeur s’appelle Manuel Schleis. Il est aussi le créateur de tous les packs audio Vengeance. Ses sons sont variés et d’une qualité extrême. Je suis un fan de Reaktor Native Instruments depuis dix ans. Vu que les banques de son sont développées et partagées par une communauté libre sur le web, il y a une infinité de sons originaux mis à disposition. Massive, de chez Native Instruments est aussi incontournable. Je l’adore car il est très sensible aux modulations des oscillateurs. Sinon, j’utilise aussi Sylenth 2, Vanguard (pour les sons trance), Predator, Sawer, Gladiator (pads), Analog Factory, SubBoomBass (basses infra) et Metrum (kicks + percussions). J'essaie à chaque fois de créer mes propres pre-sets mais parfois je garde ceux de base. Enfin, pour perdre le moins de temps possible lors de ma recherche de sons, je classe et trie toutes mes banques de son. Justement, au niveau de ta carte son, as-tu opté pour une solution nomade ?J’ai acheté une carte son Orpheus Prisme connexion USB d’une qualité irréprochable ! C’est ce qui coûte le plus cher dans mon studio, c’est l’élément le plus important de la chaîne audio... Pour moi, il faut que les entrées et les sorties de la carte son soient totalement transparentes, que le son qui entre soit le même que celui qui sort. Et les deux pré-amplis de cette interface sont parfaits ! Côté hardware, je vois que tu travailles avec le strict minimum...Oui, j’ai juste un Moog Little Phatty, qui me sert de synthé pour mes fameux sons "fat", mais qui me sert aussi de clavier maître et de contrôleur. Sinon, mes sons proviennent à 98% de mon ordinateur, via les synthés virtuels. Il m’arrive cependant de sortir de ma réserve des vieilles bécanes type TB 303, SH 101, Juno, etc… "Aujourd'hui, la réalisation et la production deviennent plus importantes que la création." Quels micros utilises-tu pour les prises ?Je n’investis pas trop dans le parc micros car pour les prises importantes, type section de violons, je loue les services de gros studios comme Davout. Ils ont de l’espace et possèdent une gamme variée de micros adaptés à chaque instrument. Chez moi, j’utilise un C-800 de Sony. Il est parfaitement adapté à tous styles de voix, du débutant au pro comme Chris Willis. Il absorbe bien les défauts et fait ressortir les qualités du grain de la voix. Il est chaleureux dans le bas, agréable dans les aigus, et précis. Il est légèrement coloré mais j’aime son rendu. Seul problème, il est très difficile de le trouver d’occasion et reste cher sur le marché, car très recherché aux USA. Peux-tu nous parler de tes techniques de production lors de la création d’un titre ?Il y a deux options... Soit j’écris pour une personne qui va chanter cette chanson. Dans ce cas, je commence par un processus d’écriture avec des sons très simples comme le piano, le rhodes, puis je pose une grille d’accords. J’intègre rapidement un kick, qui joue le rôle de métronome. J’essaye de trouver une suite de notes, pour arriver à la mélodie. Je construis ma chanson : couplet, refrain, pont, break, etc… Après, je passe à l’étape de l’arrangement, où je choisis mon son de basse, et je séquence une rythmique. Le choix de ces sons est essentiel car ces deux éléments sont la base vitale du style électro. Ils doivent obligatoirement groover avant de passer aux arrangements plus subtiles comme les synthés, les effets et le sound design. Une fois la voix enregistrée, je refais ma balance, mes modifications, pour obtenir un mix cohérent. Et pour finir, je le masterise. Et la deuxième option ?Si je bosse sur un morceau pour lequel je n’ai pas d’idée vocale, je vais directement piocher dans mes divers packs de synthés virtuels, comme Reaktor, que j’affectionne particulièrement. Puis je rentre mon son de basse avec les autres synthés additionnels pour obtenir un mix parfait des textures. Il faut que les différents éléments s’intègrent, s’imbriquent parfaitement. Je m’arrête souvent sur une famille de trois ou quatre sons pour donner une vraie identité au morceau. En sculptant mes différents sons, en modifiant les presets de base, j'essaie d’obtenir une marque sonore forte. C’est la plus value, ma marque de fabrique, qui fera en sorte que l’auditeur accrochera dès les premières notes jouées. A quelle étape de la production fais-tu appel aux compresseurs ?Selon moi, le compresseur fait partie intégrante de la couleur sonore finale? Je l’insère donc dès le début du processus. Il est même actif dans ma recherche de son. Dans l’électro, le bon choix du son, de la compression, et du mastering est nécessaire pour affirmer son identité et son originalité. C’est d'ailleurs pour ces raisons-là que les DJ-producteurs ont pris une telle valeur sur le marché. La maîtrise des techniques de production (side-chain, compression, gate, maîtrise des effets temporels, etc…) est une vraie valeur ajoutée. Ce n’est plus uniquement le jeu des notes qui compte, mais le rendu, la couleur sonore. Il faut se rendre compte que c’est un changement majeur dans l’histoire de la musique. En effet, il y a eu un profond renversement dans l’importance des rôles entre la composition et la réalisation. Aujourd'hui, la réalisation et la production deviennent plus importantes que la création. Tous les DJ-producteurs travaillent plus ou moins avec le même matériel, comment se différencier ?Je pense qu’il faut prendre son temps dans le choix des sons et essayer plusieurs combinaisons. Il est important de se munir d’instruments virtuels qui permettent d’agir et de modifier les sons en profondeur. En quelque sorte, il faut e développer ses propres outils. On peut faire des sons originaux avec une simple prise de guitare, en la mélangeant avec des effets. Le sound-design a aussi un gros rôle à jouer dans la créativité et le développement de l'identité musicale. Pour faire un bootleg comme celui que tu as fait avec 'Miami To Ibiza' de la Swedish House Mafia, ça te prend combien de temps ?Pas plus d'une heure en tout, pour l’édition, le calage de la voix et le mastering. D’autres bootlegs m’ont pris plus de temps mais ça dépasse rarement la journée. Mon nouveau bootleg sera consacré à 'With or without you' de U2. "Le DJ pourra bientôt produire un vrai spectacle light et vidéo scénique digne des plus grands concerts..." Pour le DJ, c'est vraiment un plus de fabriquer ses propres bootlegs ?Clairement oui ! Cela lui permet de se démarquer et de passer des versions uniques, voire introuvables, dans ses mixes. Dans le cas d’un DJ guest comme moi, c’est primordial de produire ses propres bootlegs et Edits. Sinon, quel serait l’intérêt de me booker ? A l’heure où tout le monde a accès aux nouveautés musicales au même moment, il faut encore plus se différencier : ne pas faire mieux ou moins bien, mais faire différent ! Tu es aussi connu pour ton univers visuel bien particulier. Avec qui travailles-tu sur la conception et la réalisation graphique des vidéos, quelle est votre méthode de travail ?Au total, je travaille avec neuf graphistes. Ils ont chacun un univers riche et différent. Ils habitent Los Angeles, Miami, Madrid, Nancy, Marseille, Paris, Bali (Indonésie), Dniepropetrovsk (Ukraine). Ils créent des vidéos originales pour chacun de mes titres mais aussi pour les morceaux d’autres producteurs que j’intègre dans mes sets. Pour chaque vidéo, je construis soit un storyboard très précis ou alors je donne des idées graphiques en donnant des références de photos, de lumières, de textures d’objets… Puis je fais un mini découpage chronologique d’actions que je veux marquer sur le morceau (break, montée, reprise, etc…). A partir de là, les graphistes me font des propositions, puis je procède avec eux aux corrections. Nous produisons un à deux clips par semaine. Le rythme est soutenu ! Je crois aussi savoir que tu t'investis beaucoup sur le développement de ton nouveau show audio-vidéo…Oui, je peaufine mon nouveau show, basé sur la synchronisation de la vidéo par rapport au son mais aussi, et c’est là la nouveauté, de la lumière par rapport au son. Pour cela, avec l'aide de deux ingénieurs et de la marque Serato, j’ai développé un plug-in spécial qui permet d’envoyer des infos en mode DMX (protocole de transmission de données pour l’éclairage) ou MIDI (protocole de communication entre instruments de musique électronique) à la console d’un Light Jockey. Le DJ pourra donc déclencher des programmations d’évènements lumières ou d’autres machines types fumigènes, CO2, lancement de confettis, etc… A partir de ses platines CDJ-2000. C’est révolutionnaire ! L’avantage de ce système est son entière flexibilité. En effet, les évènements scénographiques (lumières, effets spéciaux) sont détectés et déclenchés par un morceau et non par un fil conducteur déterminé avant le show. Les effets visuels se caleront donc sur le CD piloté par le logiciel Serato. Le DJ pourra ainsi produire un vrai spectacle light et vidéo scénique digne des plus grands concerts tout en s’adaptant au public…
Fiche studio :
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